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Présentation Générale du bouddhisme de Nichiren en France

« Le Consistoire Soka pour le culte du bouddhisme de Nichiren en France est heureux de publier ce document qui présente notre mouvement religieux implanté dans notre pays depuis 1961.

La voie suivie par les pratiquants des enseignements du moine bouddhiste Nichiren Daishonin, depuis le XIIIe siècle, est riche, ensemencée par le témoignage et l’action qu’ils manifestent en faveur de la paix, de la culture et de l’éducation.

La contribution de notre mouvement bouddhiste, saluée et appréciée en France et partout dans le monde, est facteur de progrès et de stabilité, l’humanisme dont il est porteur favorisant les idéaux mêmes de la République française au cœur des évolutions de la société.

Nous prions pour que les lignes qui suivent vous conduisent àmieux nous connaître, dans le partage et le respect des valeurs communes fondées sur le caractère sacré de la vie, la bienveillance qui n’exclut personne et la coexistence pacifique.

Nous appelons de nos vœux l’établissement et l’affermissement d’une société humaine toujours plus juste et solidaire, d’une citoyenneté mondiale respectueuse des cultures et des identités, véritable richesse.

Puisse cette présentation générale offrir àses lecteurs une occasion de mesurer la sagesse et l’altruisme de l’enseignement du bouddhisme tel que porté par des milliers de français, hommes et femmes, dans la paix et l’harmonie au sein de la société française  ».

Sceaux, le 1er mai 2007

Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren

 

  1. QUELLES SONT NOS DOCTRINES ET NOS CONVICTIONS BOUDDHIQUES ?
  2. Une voie du bouddhisme dans sa diversité et son rayonnement en France

    Les Français ont découvert le bouddhisme dans sa multiplicité et sa richesse. Les conceptions les plus diverses, ou les plus contradictoires, fleurissent en effet. Notre pays n’a jamais été ignorant des philosophies orientales jadis dans les colonies et aussi grâce aux activités de l’École française d’Extrême-Orient, du Collège de France ou de l’École des langues orientales, d’éminents bouddhologues français ont depuis plus d’un siècle enrichi nos connaissances en la matière.

     

    La richesse de l’enseignement bouddhique

    Le mot bouddha signifie « l’éveillé », et désigne une personne qui manifeste dans son être la sagesse et la bienveillance qu’il est possible d’acquérir en prenant conscience que la vie et l’univers entier sont régis par une Loi éternelle et universelle. Toute personne, par sa recherche intérieure et sa pratique religieuse, peut accomplir la même transformation de l’esprit et de la vie menée à bien par le Bouddha. À nos yeux, l’essence du bouddhisme n’est autre que la découverte de cette source d’espoir fondamentale inhérente à l’homme.

    Le bouddhisme élucide une conception de la vie ainsi que sa mise en pratique – à savoir, le moyen d’accéder à une compréhension de la Loi éternelle et universelle qui anime toutes formes de vies, et l’univers entier, et à surmonter toutes les souffrances dues à l’ignorance de cette loi pour parvenir au bonheur.

    L’enseignement bouddhique est appelé en sanscrit « Dharma ». Le Dharma désigne précisément cette vérité ultime de la vie qui rend possible la transformation au niveau de l’esprit et de la vie évoquée ci-dessus. Le terme a plusieurs significations : il décrit à la fois la doctrine permettant à l’être humain d’acquérir cette vérité ; le moyen de mettre en pratique ce principe ; ou encore, le Canon, les enseignements normatifs.

    L’enseignement du bouddhisme n’est pas figé. Il dépend du temps et de la réceptivité de ceux à qui il s’adresse, et de leur capacité à accepter cet enseignement. Le « temps » en l’occurrence représente le moment où le désir ardent des gens de sortir des souffrances coïncide avec la volonté bienveillante du Bouddha d’enseigner aux hommes une voie leur permettant de se libérer véritablement des souffrances. Le contenu de l’enseignement varie en fonction de la nature de leurs souffrances, ainsi que de leur capacité spirituelle à accepter cet enseignement.

    Notre croyance, fondée sur le Sûtra du Lotus, reconnaît le développement de divers enseignements bouddhiques antérieurs, et respecte leur nécessité. Nous souhaitons toutefois insister sur ce point doctrinal important qu’il ne faut en aucun cas perdre de vue : chacun de ces divers enseignements constitue un parcours, un processus ayant pour but de guider les êtres humains vers l’état de vie, vers l’éveil du Bouddha lui-même. C’est un point à ne jamais oublier, une mise en garde valable pour nous-mêmes comme pour tous les croyants bouddhistes : car dès que nous oublions cela, ces divers enseignements fragmentaires de la Loi, s’écartent de l’esprit et de l’illumination du Bouddha.

    Nichiren Daishonin fut le bouddhiste qui prit le plus profondément conscience de cette nature essentielle du bouddhisme ainsi que de cet avertissement. Recherchant passionnément une voie permettant à tous les êtres humains d’élever leur état de vie au même niveau que le Bouddha, Nichiren fut une personne qui entreprit lui-même ce processus de transformation de sa vie, en tant qu’être humain. Et il le poursuivit jusqu’au bout, offrant ainsi à la postérité un modèle pour les êtres humains qui aspirent au bouddhisme. Tout comme Nichiren Daishonin, nous croyons que c’est précisément en percevant cette nature essentielle du bouddhisme, et en l’enseignant, qu’on en assure la diversité et la richesse.

     

    La transmission du bouddhisme : la voie de maître et disciple

    La diffusion du bouddhisme, et l’action de l’enseigner à d’autres et de les convertir, repose traditionnellement sur une relation humaine appelée « relation de maître et disciple ». Les deux caractères chinois composant le mot « maître », ou « enseignant », impliquent une notion d’antériorité. Autrement dit, le maître est une personne qui, parce qu’il a précédé le disciple sur le chemin de la vie, possède un enseignement et une expérience à transmettre. Parce que le bouddhisme est une loi de transformation spirituelle, un principe de transformation de la vie, il faut assurer une transmission fidèle de l’enseignement du point de vue littéral, certes, mais également transmettre cette Loi par son comportement en tant qu’être humain, globalement, d’une personne à une autre. Le maître enseigne, alors que le disciple reçoit cet enseignement, et le transmet. Le disciple tend, lui aussi, vers les mêmes résultats rendus possibles par l’enseignement dont son maître a donné l’exemple. Le fonctionnement de cette relation de maître et disciple sert précisément de relais qui permet à la Loi bouddhique de progresser éternellement (on appelle cela « faire tourner la Roue de la Loi »). Cela ne signifie pas pour autant qu’une discrimination quelconque sépare le maître du disciple ni que le premier soit supérieur au second. L’objectif du maître est que son disciple se développe plus que lui-même, et le but du disciple est de construire, avec le maître, des bases essentielles pour la réalisation de leur idéal commun – à savoir le bonheur de tous les êtres humains et la paix mondiale. Le but est de succéder au maître en étant fidèle à son esprit afin d’amplifier l’œuvre commune du maître et du disciple.

    À ce sujet, Nichiren Daishonin a écrit, « On dit que si un maître a un bon disciple, tous deux atteindront la boddhéité, mais que si un maître forme un mauvais disciple, tous deux tomberont en enfer. Si le maître et le disciple n’ont pas le même esprit, ils ne pourront rien accomplir. »

     

    Qu’est-ce que l’« Éveil » ?

    Un bouddha est celui qui s’est éveillé à la Loi fondamentale régissant tout l’univers, principe en œuvre dans toutes les formes de vies, animées ou inanimées, et sous-tendant tous les phénomènes. Cette potentialité d’Éveil, autrement dit, la possibilité de réaliser en soi l’état de vie du Bouddha, existe de manière latente en chaque être humain. Le but de la pratique bouddhique est de faire apparaître cet état. En somme, chacun de nous possède au même titre et sans exception l’extraordinaire possibilité de nous éveiller à la Loi de la vie. Nous sommes tous des bouddhas en puissance. Et nous pouvons puiser librement, par la foi, dans ce trésor éternel et universel de notre propre vie.

     

    L’enseignement du bouddhisme de Nichiren Daishonin

    L’enseignement de l’école bouddhique fondée par Nichiren Daishonin, tel qu’il se concrétise dans la pratique préconisée par le Consistoire Soka, s’appuie sur trois points considérés comme indispensables dans la tradition bouddhique pour l’approfondissement de la croyance : Préceptes, Méditation, et Sagesse (Trois Sortes d’études, également appelées Trois disciplines).

    • La révélation de la Loi et l’expression de la croyance (daimoku)

      Nam Myoho Renge Kyo, que nous appelons daimoku est le nom de la Loi fondamentale sous-tendant la nature essentielle de l’univers, Loi de la vie. Cette invocation se distingue donc des formules magiques ou des mantras. Ce terme représente la fusion de la vie d’un être humain avec la Loi éternelle et universelle à laquelle le Bouddha s’est éveillé.

      La pratique de la récitation du nom de cette Loi, autrement dit, daimoku, est une action visant à briser, grâce à la foi, l’ignorance et l’incroyance (auxquelles le bouddhisme donne le nom d’obscurité fondamentale, ou d’illusion). Il s’agit d’une forme de croyance qui rend possible la transformation positive du cœur humain dans les profondeurs de la vie – et ce, de manière continuelle, dans le contexte de la vie quotidienne –, un processus librement entrepris par une personne en vue de sa propre amélioration. Parce que daimoku (la récitation de Nam Myoho Renge Kyo) est une pratique qui permet de briser l’obscurité fondamentale pour faire surgir la sagesse qui naît de la compréhension de la Loi, parmi les Trois Sortes de disciplines bouddhiques traditionnelles, elle correspond à la Sagesse.

    • L’objet de culte (Gohonzon)

      L’objet de culte est un mandala, appelé le Gohonzon, qui est enchâssé au domicile des pratiquants ou dans les lieux de culte. Il s’agit pour ainsi dire d’une concrétisation de la Loi révélée par Nichiren Daishonin, qui transcrivit sous forme de caractères chinois l’état de vie du Bouddha qui fait un avec la Loi, et qu’il présenta comme objet de culte. Il a le sens d’un miroir limpide capable de refléter la nature de bouddha (la possibilité d’éveiller la boddhéité) dont la vie de chaque être humain est originellement dotée. Il ne s’agit donc pas d’une forme d’idolâtrie.

      Avant que Nichiren Daishonin ne révèle le Gohonzon, la pratique du Sûtra du Lotus prenait la forme d’austérités bouddhiques, dont l’introspection par la méditation, en s’appuyant sur les principes exposés dans ce sûtra. Cependant, ces pratiques austères exigeaient des capacités exceptionnelles et des efforts très importants. Elles n’étaient pas facilement accessibles à tous.

      Grâce à la concrétisation du Gohonzon, l’objectif ultime du Sûtra du Lotus, c’est-à-dire l’éveil de la boddhéité pour tous les êtres humains, devint désormais réalisable. Cette possibilité pour chacun d’épanouir sa nature de bouddha, constitue ainsi un tournant crucial dans l’histoire du bouddhisme. Parce que le Gohonzon révèle la Loi à laquelle il convient de vouer un respect fondamental, et que grâce à lui, il est possible de se concentrer dans la foi, cet objet de culte correspond, parmi les Trois disciplines bouddhiques, à la Méditation.

    • Le lieu où l’on prête serment de croire fermement dans le Gohonzon

      Est appelé plate-forme d’ordination, ou kaïdan, tout lieu où l’on récite Nam Myoho Renge Kyo face au Gohonzon (le mandala). Parce que l’on s’engage à croire, dans un lieu où l’objet de culte est parfaitement explicite, ce lieu correspond aux Préceptes (jp. kaïritsu) parmi les Trois Sortes d’études. Le mot ‘préceptes’, est composé de deux idéogrammes chinois, dont le premier, kaï, signifie empêcher les erreurs et arrêter le mal. Les divers courants bouddhiques avaient traditionnellement établi de nombreux préceptes ou interdictions limitant les actions – certains étant d’ordre extrêmement ascétique.

      A l’opposé, la doctrine de Nichiren établit que la manifestation de sa nature de bouddha, par la récitation de daimoku fondée sur la foi en la Loi merveilleuse, est le moyen fondamental de dissiper l’ignorance et l’incroyance inhérentes à la vie, d’empêcher les erreurs et d’arrêter le mal. Par conséquent, le seul précepte consiste à « recevoir et garder » Nam Myoho Renge Kyo.

     

    Que signifie Nam Myoho Renge Kyo ?

    Nam est un mot dérivé de la translittération du mot sanscrit namas qui signifie “se consacrer à”, “respecter du fond du cœur”, et exprime une forte “foi”. Plus profondément, Nam a deux significations : tout d’abord, qu’il est possible de faire fusionner sa vie avec une vérité éternelle et immuable dont le bouddhisme enseigne qu’elle est originellement inhérente à la vie de chacun. Cette fusion n’est possible que si, grâce à la foi, on réussit à transcender l’ignorance et l’incroyance envers la Loi qui résident dans notre vie. Ce terme signifie également faire surgir dans notre vie la force vitale et la sagesse nécessaires pour nous permettre de nous adapter aux circonstances constamment changeantes et de surmonter les souffrances.

    Myoho est tantôt traduit par “Loi merveilleuse”, “Loi correcte”, ou encore “Loi mystique”, et désigne la Loi ultime à laquelle le Bouddha s’est éveillé. “Mystique” ici a le sens de “difficile à discerner ou à saisir conceptuellement”, et désigne « le véritable aspect de la vie ». Un des aspects de Myoho s’éclaire par les Trois Sens de Myo (ouvrir, tout inclure, et renaître). « Ouvrir » désigne la capacité de la Loi merveilleuse à faire apparaître diverses valeurs, forces et phénomènes, en fonction de causes ou conditions extérieures ou intérieures. Cela se traduit par la créativité, l’autonomie, la liberté, toutes qualités de la Loi merveilleuse. « Tout inclure » décrit la plénitude, la perfection de la Loi merveilleuse qui englobe tous les phénomènes de l’univers sans aucune exception. « Renaître » veut dire acquérir une nouvelle vitalité, un dynamisme accru.

    Renge (prononcé ‘Rèngué’) est la traduction en chinois du mot sanscrit pundarika désignant la fleur du lotus blanc. En recourant à une métaphore empruntée au monde végétal, l’image de la fleur de lotus, ce mot exprime la simultanéité de la cause et de l’effet. Ce principe constitue une des spécificités de cette Loi « insondable » ou « mystique » qu’est la Loi merveilleuse. Toute vie dans l’univers est soumise à des changements incessants. Elle est aussi prise dans un réseau de relations d’interdépendance, d’interactions mutuelles avec d’autres formes d’existence. Diverses relations de cause et d’effet affectent le cycle de toute vie (naissance, maturité, dégradation et extinction). Mais parce que la totalité de ces liens de causalité est comprise dans la Loi merveilleuse, du point de vue de cette Loi, toutes les causes et tous les effets des phénomènes de l’univers sont simultanés.

    Si, en nous fondant sur ce « véritable aspect de l’univers », nous nous interrogeons sur la « relation de cause et d’effet » nous permettant d’atteindre la boddhéité – sur la façon dont nous pouvons basculer de l’état d’illusion, (celui des neuf états de vie) dans l’état de l’éveil (l’état de bouddha) – nous pouvons dire que les neuf états, la cause, et l’état de bouddha, l’effet, résident ensemble, simultanément, chez le même être humain. C’est le plus souvent par rapport à l’éveil de la boddhéité que l’on fait allusion à ce principe de la simultanéité de la cause et de l’effet. Le bouddhisme a recours à cette comparaison avec le lotus pour exprimer cette vérité ultime ; car cette spécificité du lotus de fleurir et de produire des graines en même temps illustre bien cette simultanéité de la cause et de l’effet. Parce que la Loi merveilleuse est dotée de la simultanéité de toutes les causes et de tous les effets dans la vie, une transformation radicale, en un seul instant, devient possible. Par conséquent, Myoho Renge affirme la possibilité d’une grande transformation chez celui qui se fonde sur la Loi merveilleuse. De plus, alors que le lotus plonge ses racines dans les profondeurs de l’étang et croît dans ses eaux boueuses, la fleur elle-même reste d’une grande pureté. Cela symbolise l’apparition de la pureté de l’état de bouddha dans la vie d’une personne, bien qu’elle vive dans la réalité d’un monde en proie à l’avidité et à la colère.

    Kyo est la traduction en japonais du mot sanscrit « sûtra », et désigne les enseignements exposés par le Bouddha, ainsi que le Canon bouddhique, les textes sacrés ayant consigné ces enseignements. Par extension, parce que les enseignements du Bouddha concernent tous les phénomènes de l’univers et de la vie, Kyo représente également les voix de toute l’humanité et de toutes les formes de vie. La voix permet au Bouddha d’enseigner la Loi éternelle à laquelle il s’est éveillé, mais elle permet aussi aux pratiquants de la réciter et de la partager. En ce sens, Kyo évoque également les sons et les voix qui atteignent les couches profondes de toutes les formes de vie existantes dans l’univers. Parallèlement, le caractère chinois Kyo ayant aussi le sens de « trame » d’un tissu, il symbolise la continuité temporelle, et représente ainsi le caractère éternel de Nam Myoho Renge Kyo.
    Nichiren Daishonin enseigne de « ne jamais chercher Nam Myoho Renge Kyo à l’extérieur de notre vie ». Lorsque nous prions afin de faire fusionner notre vie avec Nam Myoho Renge Kyo inscrit sur le Gohonzon, alors se manifestent en nous notre état de bouddha, ainsi que ses qualités spirituelles les plus élevées, et une joie immense.

     

    Qu’est-ce que le Gohonzon  ?

    Pratiquer le bouddhisme de Nichiren Daishonin, c’est s’efforcer d’activer l’état de bouddha inhérent dans notre vie, afin d’en manifester les effets dans la vie quotidienne grâce à la récitation de Nam Myoho Renge Kyo devant le Gohonzon.
    Pour de nombreuses traditions religieuses, l’objet de culte est un élément fondamental, un élément de référence. Dans le bouddhisme de Nichiren Daishonin, cet objet de culte est appelé Gohonzon.

    Dans le bouddhisme de notre école Soka, les croyants désireux de pratiquer reçoivent le Gohonzon, une reproduction sur papier marouflé du mandala inscrit par Nichiren Daishonin, afin de permettre à chaque personne de mener à bien sa pratique religieuse. Individuellement, mais parfois à plusieurs, les pratiquants lisent 2 passages du Sûtra du Lotus et récitent daimoku en formulant des prières devant cet objet de culte (c’est la pratique de gongyo).

    Au centre du Gohonzon est inscrit en grands caractères et de haut en bas « Nam Myoho Renge Kyo – Nichiren ». C’est l’expression graphique de la Loi fondamentale de Nam Myoho Renge Kyo à laquelle Nichiren Daishonin s’est éveillé. Le Gohonzon exprime l’état de vie vaste et grandiose de la boddhéité, celui de cette Loi fondamentale, en représentant la configuration de l’assemblée à qui s’adresse la prédication bouddhique à l’échelle universelle décrite dans le Sûtra du Lotus sous le nom de la « Cérémonie dans les Airs ». L’ensemble de ces symboles signifie à la fois que la Loi de Nam Myoho Renge Kyo est dotée des « Dix États » qui caractérisent toutes les qualités et fonctions de la vie ; et que l’intégralité des phénomènes de l’univers réside dans la vie de Nichiren, dont l’âme n’est autre que Nam Myoho Renge Kyo.

    A droite et à gauche de « Nam Myoho Renge Kyo – Nichiren », figurent des bouddhas, bodhisattvas, des divinités bouddhiques, ou encore des personnages participant à l’assemblée de la Cérémonie dans les Airs. Ces symboles dans leur ensemble représentent les Dix États présents dans notre propre vie aussi bien que les fonctions de l’univers. Ils indiquent que toute forme de vie peut faire briller sa dignité inhérente grâce au pouvoir de Nam Myoho Renge Kyo.

    Plus précisément, le Gohonzon exprime, sous forme d’idéogrammes, l’ordre fondamental qui pénètre notre vie et l’univers, et peut être comparé à une carte des trésors cachés de la vie. Cette carte indique l’existence en nous-mêmes de la condition suprême de la vie que l’on appelle la boddhéité, ainsi que son potentiel. 

    L’efficacité de la pratique du bouddhisme de Nichiren ne dépend pas du sens spécifique ou littéral de chacun des caractères, et aucun bienfait ne découle donc de l’aptitude à déchiffrer textuellement ce qui est inscrit sur le Gohonzon. Identifier les caractères qui y sont inscrits ou connaître leur signification ne permet aucunement d’appréhender sa véritable nature.

    Parce que nous vivons une époque très difficile, notre vie peut facilement être dominée par des formes d’énergie négatives inhérentes à la vie telles que la colère ou l’avidité. Autrement dit, cela équivaut à placer ce genre de condition au centre de notre vie, laissant sommeiller alors notre état de bouddha. Croire dans le Gohonzon signifie croire en Nam Myoho Renge Kyo, en l’état de bouddha, inhérent à toute forme de vie, aussi bien chez nous-mêmes que chez autrui. On pourrait dire que pratiquer devant le Gohonzon avec cette conviction profonde permet de replacer notre état de bouddha au centre de notre existence. L’attitude intérieure de ceux qui pratiquent le bouddhisme de Nichiren n’est pas d’adorer le Gohonzon ou de s’adonner à la méditation devant lui, mais de faire de ce mandala, cette émanation de l’état de bouddha, une sorte de miroir pour redonner sa dignité à notre vie, c’est à dire redonner à la boddhéité sa place centrale au sein de notre propre existence.  

    Qu’est-ce que le karma ?

    Le karma est un mot sanscrit, dont la signification originelle était « action » ou « conduite ». En Inde ancienne, avant l’apparition du bouddhisme, le « karma », dans le sens d’actions bonnes ou mauvaises, était censé déterminer la métempsychose. Pour autant, bien que le karma ne soit constitué qu’à partir d’actions dont on est soi-même responsable, l’émancipation d’une mauvaise incarnation résultant d’un mauvais karma n’était censé en principe être possible que par le recours à des rites sacerdotaux.

    En revanche, la conception bouddhique du karma implique la constitution du destin de l’être humain, ainsi que l’émancipation de ce destin, qui dépend uniquement de ses pensées, de ses paroles et de ses actes personnels. L’enseignement bouddhique considère que le principe de la simultanéité de cause et effet régit tous les phénomènes de l’univers, y compris la naissance et l’extinction de la vie humaine. En même temps, selon la philosophie bouddhique, la règle de cause et d’effet n’est pas déterminée par un être absolu, un pouvoir divin. Seul l’être humain prend en charge le principe de causalité en jeu dans sa propre sa vie, en contrôlant ses propres pensées, paroles et actions. Cette importance accordée au libre arbitre de l’être humain constitue la grande spécificité de la philosophie bouddhique.
    À la lumière du bouddhisme, la vie est éternelle. Elle n’a ni commencement ni fin mais naissance et mort se succèdent selon un principe logique. Ce principe, c’est la loi de causalité. Toute cause engendre un effet. Même si cet effet ne se manifeste pas dans l’instant, il est emmagasiné dans notre vie profonde. Le karma représente la somme des causes et des effets de notre propre vie, depuis le passé sans commencement. Notre vie actuelle résulte des causes créées dans le passé par nos pensées, nos paroles et nos actions.

    Pour des bouddhistes, « la vie » ne disparaît pas au moment de la mort. La vie d’une personne reste dans un état invisible et latent jusqu’au moment où régénérée, elle réapparaît et renaît sous la forme d’un être de nouveau visible.

    On peut comprendre cette continuité, la succession des deux principes d’apparition visible et de latence invisible de la vie, ainsi que la persistance de la vie, par analogie à des expériences de la vie quotidienne. L’exemple du « sommeil » et du « réveil », que nous répétons chaque jour, peut nous aider à comprendre l’alternance de « mort » et de « renaissance ». De manière inconsciente, chacun sait qu’au réveil, on reste la même personne qu’avant de s’être couché. Il est rare de penser au réveil : « je suis devenu une personne nouvelle ». Ceux qui avaient des soucis avant de s’endormir se rappellent, en se réveillant, les soucis de la veille. Celui qui s’est couché un soir avec une dette de 100 euros, aura du mal, au réveil, à convaincre qui que ce soit que les dettes de la personne qu’il était hier n’appartiennent plus à la personne qu’il est aujourd’hui.

    Cependant, il n’est pas possible de se souvenir du karma que l’on a soi-même accumulé jusqu’ici, une fois entré dans une nouvelle vie. Mais l’impossibilité de se souvenir du karma antérieur ne veut pas dire qu’il a disparu. Même lorsque nous l’avons oublié, notre karma s’est formellement inscrit dans notre vie, qu’il soit positif ou négatif. Et nous devons vivre notre existence présente en prenant la responsabilité de notre karma de nos vies antérieures.
    À l’origine, la notion de « karma » recouvrait aussi bien les aspects positifs que les aspects négatifs du karma, mais dans l’histoire des enseignements bouddhiques, le mot karma en est venu à désigner souvent un karma négatif. Et l’un des grands thèmes du bouddhisme est devenu l’effacement et la transformation du karma négatif, cause du malheur individuel.

    En bref, si le bouddhisme expose le principe du karma, et en particulier, l’idée de l’accumulation des causes négatives dans des vies antérieures, c’est en vue d’enseigner que la transformation de son karma est possible.

    Selon les enseignements de Nichiren, il s’agit de se livrer à une introspection pénétrante, sans concessions, en s’appuyant sur une profonde compassion à l’égard de la vie humaine et sur la confiance absolue en la nature de bouddha. Sans perdre notre temps et notre énergie à vouloir en vain corriger une par une nos pensées, paroles et actions accumulées depuis nos existences passées, il s’agit de rendre possible « la transformation du destin », la transformation du karma, au plus profond de notre vie, et ce, en un seul instant. En faisant surgir cette condition de vie suprême qu’est l’état de Bouddha, nous nettoyons et réorientons d’un seul coup les aspects ténébreux qui ont obscurci notre vie en raison d’innombrables actes karmiques.

    Vu sous cet angle, le karma devient une motivation aussi bien qu’un tremplin pour transformer son existence. Impossible de fuir notre propre vie. C’est afin de transformer les tendances négatives qui teintent notre vie que le bouddhisme de Nichiren a enseigné une voie permettant une transformation radicale en jetant sur sa propre vie un regard profond et lucide, sans détourner les yeux, et en faisant surgir la foi en la nature de bouddha. Le karma n’est ni un destin figé, ni une fatalité que nous devons subir. Le bouddhisme de Nichiren est au contraire une philosophie active qui offre le moyen de transformer radicalement les rétributions de nos actions passées.

    Force vitale, sagesse et bonheur intérieur, qui sont les concrétisations de l’état de bouddha dans notre quotidien, nous permettent de changer les aspects les plus sombres de notre vie. C’est pour cette raison que, dans notre école, nous estimons qu’il est possible de devenir bouddha tel que l’on est. C’est là la voie bouddhique dans la vie.

    Si nous donnons à notre vie le but de devenir bouddha, nous avancerons vers nos objectifs de bonheur et de paix tout en transformant notre propre karma. C’est ce processus que nous appelons la « Révolution humaine ». En nous consacrant aux autres, en les reconnaissant et en respectant leur nature de bouddha, grâce à une pratique sérieuse pour nous-mêmes et notre entourage, nous contribuons à faire progresser l’humanité vers plus de respect et d’harmonie.

    Le karma est la vie elle-même. Une vie colorée par les effets des causes créées, positives comme négatives. Il ne s’agit pas d’une fatalité. Il appartient à chacun de choisir : soit de subir sa destinée, soit de la transformer. Grâce à l’action volontaire de réciter “Nam Myoho Renge Kyo”, il nous est possible de réveiller la sagesse et la force vitale nécessaires pour affronter et transformer les aspects négatifs de notre vie.

     

  3. L’HISTOIRE DE NOTRE MOUVEMENT CULTUEL DANS LE MONDE ET EN FRANCE
  4. Les pas fondateurs en Inde de Gautama Siddharta dit « Shakyamuni »

    La première personne à qui fut donné le nom de “bouddha” s’appelait Gautama Siddharta du clan des Shakya, ce qui lui valut le nom de : “Shakyamuni” ou “sage du clan des Shakya”. Né à Kapilavatsu, au Népal, il vécut et enseigna il y a environ 2 500 ans dans le nord de l’Inde. Malgré sa condition de prince héritier de son clan, il demeurait insatisfait devant les misères humaines et son incapacité à les résoudre. Le point de départ de sa quête fut sa prise de conscience de la souffrance humaine et de la précarité de la vie. A l’âge de 30 ans, il s’éveilla au fait que la souffrance des êtres humains découle de leur impossibilité à appréhender la nature essentielle des phénomènes de la vie, et il acquit la conviction qu’il leur était possible, s’ils apprenaient à faire surgir le potentiel illimité inhérent à leur vie, de surmonter les souffrances et d’établir un état de vie solide et inébranlable.

    L’essentiel de son enseignement fut compilé et consigné plus tard sous forme des vingt-huit chapitres du Sûtra du Lotus. Cet enseignement, révèle un principe révolutionnaire : l’existence d’une « Loi fondamentale » qui englobe tous les phénomènes, toutes les relations causales, et toutes les formes de vie ; qui les met tous en valeur et donne à chaque chose la place qui lui revient. Ainsi, la boddhéité pour tous les êtres humains devint une possibilité. Il indique que Shakyamuni – ayant formulé le vœu de permettre à tous de devenir, comme lui, un bouddha – a consacré sa vie à enseigner à tous, de manière facilement accessible, cette vérité que chacun est lui-même un bouddha.

    Le grand nombre des enseignements oraux qu’il avait laissés fut compilé après sa mort sous forme d’écrits sacrés (le Canon bouddhique) qui se propagèrent dans toute l’Asie, exerçant ainsi une influence déterminante sur quantité de personnes.

    Après la mort de Shakyamuni, le Canon bouddhique – consignant par écrit ses paroles et actions – fut établi lors d’un premier concile et se répandit dans l’Inde tout entière. En Asie, ils se propagèrent principalement selon deux courants : d’une part, le Theravada (l’enseignement des Anciens) qui se répandit dans le sud et l’est de l’Inde, et dans des pays tels que la Thaïlande, la Birmanie, le Cambodge et le Laos en passant par le Sri Lanka. D’autre part, divers sûtras bouddhiques, principalement du Grand Véhicule (Mahayana), se propagèrent en Asie centrale et en Chine par la Route de la soie et continuent à être pratiqués en Corée, au Viêt-Nam, au Japon, en Chine et au Tibet.

    Après la disparition de Shakyamuni, les pratiques religieuses des disciples du bouddha se concentrèrent sur un seul point : comment percevoir, et comment saisir en soi-même, le véritable état de bouddha – celui auquel Shakyamuni était parvenu, où l’on ne fait plus qu’un avec « la Loi fondamentale ».

    Des ordres religieux appelés « du Petit Véhicule » (Hinayana) se formèrent principalement autour de croyants ayant intégré la vie monastique. Ces ordres prônaient des austérités et des règles contrôlant sévèrement le comportement individuel afin d’éliminer les désirs terrestres. Dans ce contexte s’établirent ce que l’on appela Tripitaka, ou Trois divisions du canon – 1/ les « sûtras », ou enseignements doctrinaux, consignant les paroles et les actions de Shakyamuni ; 2/ les vinaya, ou règles de discipline régissant l’ordre monastique ; et 3/ les abhidharma, ou théories et commentaires sur les enseignements doctrinaux. Cependant, la tendance à l’observance trop rigide des préceptes et l’importance exagérée accordée par certains religieux à leurs efforts personnels ont fini par générer divers effets pernicieux, notamment la croyance en la supériorité des moines sur les laïcs, ou encore la déification de Shakyamuni.

    Pour sa part, le mouvement du bouddhisme Mahayana, qui met l’accent sur la pratique de bodhisattva – rechercher la sagesse du Bouddha et la réaliser dans sa vie – se développa, et divers sûtras du Mahayana, dont les sûtras de la Sagesse (Hannya), du Lotus (Hokke) et de la Guirlande de Fleurs (Kegon), furent compilés. Cela dit, la recherche du Bouddha et l’admiration élogieuse à son égard étaient telles que se forgea peu à peu l’image d’un bouddha « rédempteur » censé être capable de sauver les personnes ordinaires – résidant non pas dans ce monde réel mais ailleurs, dans une sorte de paradis appelé la Terre pure. Et à la place du défunt Shakyamuni, on invoqua divers autres bouddhas, ceux-ci transcendants et miséricordieux, tels le bouddha Amida, Vairochana, ou encore, Mahavairochana. La référence à cette sorte de bouddhas favorisa une tendance naturelle de la psychologie humaine, celle de s’en remettre à la bienveillance d’un bouddha pour son salut, plutôt que d’ouvrir en soi la « sagesse du Bouddha » en se fondant sur la Loi qui réside de manière inhérente dans sa propre vie.

    À l’inverse, le Sûtra du Lotus considère que le véritable salut n’est possible qu’en recherchant le véritable état de vie d’un bouddha dans la sphère intérieure de l’homme que fut Shakyamuni, d’une part ; et d’autre part, en effectuant une transmission correcte de ses enseignements. Par ailleurs, tout en indiquant que le vœu de Shakyamuni est de permettre à tous de devenir bouddhas comme lui – et que c’est là le trait dominant de sa personnalité – le Sûtra du Lotus affirme être précisément le sûtra qui rend possible la transmission correcte de l’enseignement doctrinal de Shakyamuni. Est également prédite dans le sûtra l’apparition d’innombrables bodhisattvas qui croiront dans le Sûtra du Lotus et qui le transmettront largement, clarifiant ainsi la pratique d’un authentique bodhisattva.

     

    L’apport du Grand Maître T’ien-t’ai Tche-yi en Chine (VIe siècle) et du Grand Maître Dengyô Saicho au Japon (VIIIe à IXe siècles)

    Le bouddhisme fut transmis en Chine au milieu du Ie siècle de l’ère chrétienne. En se déployant en Chine, le bouddhisme quittait une société de tradition orale pour une société fondée sur l’écrit. Les divers sûtras établis en Inde y ayant été introduits de manière fortuite, il incombait de procéder à une analyse comparative du contenu de ces sûtras, et de les systématiser – bref, une exégèse doctrinale s’imposait. Au VIe siècle, Tche-yi (le Grand Maître T’ien-t’ai) – accordant autant d’importance à la compréhension théorique des doctrines qu’à la connaissance pratique et empirique de ces principes théoriques par l’introspection – réussit à établir une classification systématique de tous les sûtras et enseignements scripturaux connus en Chine à l’époque. Il prit comme critères fondamentaux Shakyamuni et ses doctrines telles que les représente le Sûtra du Lotus. Tche-yi en conclut que la quintessence du bouddhisme se résume dans le principe d’ichinen sanzen, ou « Trois mille mondes en un seul instant de vie », principe qui découle du Sûtra du Lotus. Et il avança qu’il était possible de parvenir à la sagesse du Bouddha par l’introspection, en percevant ce principe. Il révéla des méthodes pratiques pour parvenir à la réalisation d’ichinen sanzen dans une compilation de ses exposés, intitulée Maka Shikan (Grande Concentration et Discernement).

    Ce principe d’ichinen sanzen, ou « Trois mille mondes en un seul instant de vie », exprime à la fois la Loi fondamentale qui englobe tous les phénomènes ainsi que la vie du Bouddha lui-même qui s’est éveillé à cette Loi fondamentale et qui est parvenu à un état de vie de totale pureté et liberté. Il implique également la possibilité pour tout être humain de manifester l’état de vie d’un bouddha qui ne fait qu’un avec cette Loi fondamentale. Le Grand Maître T’ien-t’ai s’efforça de réaliser l’idéal du Sûtra du Lotus – celui de permettre à tous les êtres humains de devenir bouddhas – bref, de réaliser l’idéal de Shakyamuni, par la pratique bouddhique de l’introspection appelée shikan  : pratiques de méditation (concentration) et de sagesse (discernement).

    Ce fut également au VIe siècle que le bouddhisme arriva de Chine au Japon, en passant par la Corée. Il y avait un si grand nombre de sûtras et d’enseignements nouvellement introduits en Inde et en Chine qu’une clarification de l’esprit bouddhique dans la société, fondée sur une exégèse systématique des enseignements essentiels du bouddhisme, s’imposait au Japon tout comme elle l’avait été en Chine. Celui qui ressentit le plus profondément cette nécessité fut Saicho (le Grand Maître Dengyô).

    Saicho prêta la plus grande attention à l’œuvre du Grand Maître T’ien-t’ai, qui avait systématiquement organisé l’ensemble des doctrines bouddhiques autour du Sûtra du Lotus. Il contribua à la formation des moines autour de deux axes : l’enseignement des principes de concentration et intuition et des pratiques religieuses mettant ces principes en application. De même, il contribua à une certaine institutionnalisation du bouddhisme, et fonda l’école Tendai Hokke au Japon.

     

    Les enseignements de Nichiren Daishonin (XIIIe siècle)

    Au XIIIe siècle, époque qui vit la naissance d’un régime politique dirigé par des guerriers, les samouraï, les écoles bouddhiques en provenance de Chine, relativement nouvelles, telles que Nembutsu ou Zen, exercèrent rapidement leur influence et une certaine confusion concernant le bouddhisme s’instaura chez les guerriers comme dans les classes populaires. Dans le contexte d’une société troublée, cette situation aggrava l’insécurité et la souffrance populaires.

    C’est dans ce contexte que Nichiren Daishonin s’interrogea très tôt sur les raisons d’une telle situation au Japon. Dans une société où des enseignements bouddhiques étaient pratiqués, pourquoi les souffrances du peuple ne tarissaient-elles pas ? Pourquoi les luttes séculières et les catastrophes naturelles étaient-elles incessantes ? En étudiant attentivement quantité de sûtras et de textes doctrinaux, il rechercha le cœur des enseignements de Shakyamuni, et découvrit, dans le Sûtra du Lotus, la philosophie du respect absolu de la vie.

    Il souhaita enseigner à tous un moyen permettant à tous les êtres humains de connaître, de vivre, dans la réalité de leur existence, cette vérité énoncée dans le Sûtra du Lotus : qu’il est possible pour tous d’accéder à la boddhéité. Autrement dit, il établit la pratique de la récitation de Nam Myoho Renge Kyo (daimoku) comme moyen de faire apparaître dans sa propre vie l’état de bouddha. Nous avons déjà évoqué plus haut le sens de daimoku ainsi que du Gohonzon, objet de culte.

    Abordons maintenant dans les grandes lignes la vie et l’œuvre de Nichiren Daishonin. Né le 16 février 1222 dans le village de pêcheurs de Kominato (dans la préfecture actuelle de Chiba dans l’île principale du Japon), il reçut d’abord le nom de Zennichimaro. À l’âge de 12 ans, il entra au temple bouddhique Seichô-ji qui se trouvait dans sa région natale pour y étudier sous la direction du maître Dôzen-bô. Ordonné moine à l’âge de 16 ans, il prit le nom de Zeshô-bo Renchô. C’est alors qu’il formula le vœu de « devenir la personne la plus sage du Japon », c’est-à-dire concrètement de pouvoir sauver ses parents, et de connaître les véritables enseignements bouddhiques susceptibles d’apporter la stabilité à la société. En raison de la profondeur de son vœu et de ses prières, il eut sa première expérience religieuse peu après avoir intégré la vie monastique. Il écrira plus tard qu’il s’agissait d’une expérience qui lui permit d’ouvrir en lui-même la sagesse de connaître la quintessence de la totalité des enseignements bouddhiques.

    En 1239, il partit pour Kamakura, capitale politique de l’époque. Il y resta trois ans puis se rendit dans tous les sanctuaires bouddhiques les plus importants : le temple principal Enryaku-ji de l’école Tendai, situé sur le mont Hiei et fondé par le Grand Maître Dengyô (767-822), notamment, mais aussi les temples Onjo-ji, Kongobu-ji, Shitennô-ji, entre autres. En étudiant attentivement tous les sûtras qui s’y trouvaient, il constata que la véritable intention du Bouddha – celle de sauver de la souffrance tous les êtres humains sans exception – avait été déformée au fil du temps par les diverses écoles bouddhiques.

    Il poursuivit son périple d’étude jusqu’en 1253, et vérifia que c’était précisément dans le Sûtra du Lotus que se trouvait la Loi merveilleuse qui correspondait à sa propre expérience religieuse. Il prit conscience que sa mission était de répandre le Sûtra du Lotus afin de rendre accessible à tous l’idéal qui y est exprimé : la possibilité universelle d’atteindre la boddhéité. Cette prise de conscience fit de lui un précurseur de ces bodhisattvas sortis de la Terre évoqués précédemment.

    Le 28 avril 1253, à l’âge de 31 ans, devant l’assemblée réunie à cette occasion au temple Seichô-ji, Nichiren prononça un prêche et récita pour la première fois publiquement Nam Myoho Renge Kyo, ouvrant la voie fondamentale permettant à tous les êtres humains de faire surgir leur nature de bouddha. En même temps, en prenant ainsi position, il réfutait les thèses de l’école Nembutsu qui rencontraient un grand succès au Japon à l’époque. À cette occasion, il déclara également qu’il prendrait désormais le nom de Nichiren. Ce nom rassemble des idéogrammes signifiant « nichigetsu  » (soleil et lune) et « renge » (lotus), et symbolise son vœu d’illuminer le peuple tels le soleil et la lune, et de faire s’épanouir, d’une manière aussi pure que le lotus, les fleurs de la Loi au sein de la société.
    Voici les raisons qui motivèrent les critiques de Nichiren en premier lieu à l’encontre de l’école Nembutsu.

    D’abord, l’école Nembutsu, en prônant l’atteinte de la boddhéité dans un autre monde, dans un au-delà après la mort, avance un enseignement contraire à celui du Sûtra du Lotus, qui affirme qu’il est possible pour tous les êtres humains d’atteindre la boddhéité en ce monde-ci. Ainsi, l’école Nembutsu finit par favoriser le pessimisme ainsi que le rejet et le mépris du monde réel. De telles conceptions sapent l’énergie des gens, les incitent à baisser les bras au lieu de faire face à leurs difficultés et de continuer à vivre malgré tout. Elles présentent un obstacle à la façon de vivre préconisée dans le Sûtra du Lotus, qui tend à la réalisation du bonheur et de la paix dans le monde réel.

    Ensuite, en s’insinuant dans les bonnes grâces des puissants, des plus influents personnages du gouvernement militaire de Kamakura, en réalité, les moines du Nembutsu cherchaient à accaparer des privilèges.

    Cette critique du Nembutsu suscita immédiatement la colère de ses adeptes. Devant l’hostilité violente du seigneur local, Tôjô Kagenobu, fervent disciple de l’école Nembutsu, Nichiren fut contraint de quitter immédiatement l’enceinte du temple Seicho-ji.

    De notre point de vue, Nichiren ne fut nullement exclusiviste ou sectaire. Il reconnaissait pleinement les diverses significations et valeurs des sûtras sur lesquels s’appuyaient les autres écoles et courants bouddhiques. Autrement dit, s’il formula des critiques à l’égard d’autres écoles bouddhiques, ce ne fut aucunement dû au fait qu’il s’agissait d’enseignements différents des siens. Toutefois, lorsque les positions doctrinales d’une école, en se fondant sur un ou plusieurs sûtras à l’exclusion de tous les autres, tendent à se changer en un dogme absolu, s’établit très vite une discrimination entre le clergé et les fidèles, et l’école devient autoritaire. Dès lors, elle finit inéluctablement par exercer une influence néfaste sur les individus. C’est à cette tendance que s’adressait la critique de Nichiren. Il fut un humaniste, avant tout préoccupé par le bien-être et la protection des êtres humains.

    Cette prise de position ne se limite pas à l’école Nembutsu. Par la suite, Nichiren n’hésita pas à formuler des critiques sévères en se fondant sur les enseignements doctrinaux de Shakyamuni dès qu’une des écoles bouddhiques influentes à l’époque au Japon commençait à révéler les symptômes d’une pathologie latente, en affichant la paresse et l’arrogance de son clergé.

    Il retourna ensuite à Kamakura où il commença à propager son enseignement. De 1256 à 1260, de nombreuses catastrophes naturelles – typhons, incendies, ouragans et tremblements de terre – ne cessèrent de se succéder et firent de nombreuses victimes dans le pays. À cette accumulation de catastrophes vinrent s’ajouter de graves famines et épidémies. Le 12 juin 1260, le gouvernement shogunal de Kamakura ordonna à tous les temples et à tous les sanctuaires du Japon de prier pour que cessent les épidémies. Mais, malgré de nombreuses prières, elles furent loin d’être enrayées. Le peuple sombra dans des abîmes de souffrance.

    Au début de son « Traité sur la pacification du pays par l’établissement de la loi correcte », Nichiren Daishonin décrit le spectacle qu’offre le monde d’alors :
    « Depuis quelques années, il se produit des perturbations inhabituelles dans les cieux et d’étranges événements sur terre, la famine et les épidémies sévissent à travers tout le pays et se répandent partout. Bœufs et chevaux gisent morts au bord des chemins, les squelettes humains s’entassent sur les routes. Plus de la moitié de la population a déjà été emportée par la mort, et pas une seule famille n’est épargnée par le malheur. »

    Animé de son désir de sauver à tout prix la population accablée par la souffrance, Nichiren Daishonin rédige, le 16 juillet 1260, ce « Traité sur la pacification du pays par l’établissement de la loi correcte », et le soumet au régent Hôjô Tokiyori qui, bien que retraité, détient toujours le pouvoir réel. Dans ce texte, il attribue la cause des calamités aux offenses faites à la Loi correcte et aux croyances orientées vers des enseignements erronés. Il prévient que deux des désastres mentionnés dans les sûtras (le “désastre de l’invasion étrangère” et le “désastre de la guerre civile”) ne sont pas encore survenus, mais prédit qu’ils ne manqueront pas de se produire si le pays ne réforme pas sa collusion avec les croyances déformées. Il affirme : « Voilà pourquoi vous devez vous hâter de réformer vos croyances et adhérer au Véhicule suprême, l’unique bonne doctrine [du Sûtra du Lotus] ».

    Ici, le terme « Véhicule suprême » fait allusion aux enseignements véritables, et « l’unique bonne doctrine [du Sûtra du Lotus] » désigne le bien fondamental. Autrement dit, cette expression, « Véhicule suprême, l’unique bonne doctrine » ne désigne rien d’autre que le Sûtra du Lotus, cœur de l’enseignement bouddhique. Au sens large, on pourrait dire qu’il s’agit d’une remontrance aux gouvernants les exhortant à assurer la paix et l’ordre dans le pays, en partant du principe que si une philosophie du respect de l’individu – du respect absolu de la vie humaine – sous-tend la société, alors tous les êtres humains peuvent connaître le bonheur.

    La présentation de ce traité constitue la première remontrance de Nichiren au pouvoir en place. En réponse, le 27 août 1260, son ermitage fut attaqué et brûlé par des adeptes fanatiques du Nembutsu. Le 12 mai 1261, il fut envoyé en exil dans la péninsule d’Izu. Le 22 février 1263, il fut gracié et revint s’installer à Kamakura. En automne 1264, il retrouva son pays natal d’Awa, mais le 11 novembre, il fut attaqué à Komatsubara par des soldats conduits par Tôjô Kagenobu, le seigneur local. Il fut blessé d’un coup de sabre au front et eut un poignet cassé. Parmi les disciples qui l’accompagnaient, deux furent tués. En 1268, l’empire mongol envoya un émissaire exigeant du Japon qu’il se déclare officiellement vassal de Kûbilây Khân (1214-1294). Les prédictions que Nichiren avait formulées dans son « Traité sur la pacification du pays par l’établissement de la loi correcte » commençaient à se vérifier. Le 11 octobre, il adressa onze lettres à différents représentants des autorités politiques et religieuses, d’une teneur semblable au message contenu dans le « Traité pour la pacification du pays par l’établissement de la Loi correcte », et y demandait un débat public sur la question religieuse.

    En 1271, une troisième délégation mongole arriva au Japon. Sur le plan intérieur, une sécheresse persistante affectait le pays tout entier. La situation devint critique. Selon la tradition, le gouvernement demanda à Ryôkan, un moine éminent de l’école Ritsu, de prier pour faire tomber la pluie. Ryôkan avait connu une ascension rapide en quelques années et il était devenu, à Kamakura, un personnage influent dans le monde religieux. C’est à la même époque que s’élabora autour de Ryôkan une conspiration de certains membres du haut clergé de plusieurs écoles bouddhiques, manœuvrant en coulisses auprès du gouvernement militaire pour que Nichiren soit persécuté.

    En guise d’avertissement et d’édification du gouvernement militaire, Nichiren lança par écrit un défi à Ryôkan. Il se déclara prêt à devenir son disciple si ses prières avaient le pouvoir de faire tomber la pluie dans les sept jours. Dans le cas contraire, Ryôkan devrait admettre qu’il ne détenait pas les pouvoirs qu’il se vantait d’avoir. Le délai passé, Ryôkan demanda une prolongation de sept jours, mais ne réussit pas mieux. Dès lors, il voua à Nichiren une haine et une rancune tenaces, et, le 10 septembre, il parvint à le faire convoquer par Hei No Saemon-no-jo Yoritsuna, l’un des chefs militaires influents. Nichiren se défendit des fausses accusations portées contre lui et adressa sa deuxième remontrance au pouvoir.

    Le 12 septembre 1271, Hei No Saemon-no-jo, à la tête d’une troupe de soldats, vient arrêter Nichiren pour le faire exécuter de nuit sur la plage de Tatsunokuchi, lieu où étaient conduits les criminels pour y être décapités. Au moment de l’exécution, l’apparition d’un phénomène céleste (une comète ou une chute de météorite, les récits varient sur ce point) provoqua chez le bourreau et les soldats une panique extrême. Le gouvernement renonça à l’exécuter et commença à le craindre. Il fut alors décidé de l’exiler une seconde fois, dans un lieu d’où il était rare de revenir vivant, l’île de Sado. Sur cette île, et dans des conditions de vie extrêmement rigoureuses, Nichiren Daishonin, bien que dans un total dénuement, écrivit un grand nombre de lettres et de traités, notamment le “Traité qui ouvre les yeux” en février 1272, et le “Traité sur l’objet fondamental de vénération” en avril 1273.

    Il s’agit là d’écrits majeurs de Nichiren, dont le contenu annonce effectivement l’établissement d’une religion à part entière. Juste après la rédaction du « Traité sur l’objet fondamental de vénération », Nichiren exprima sa conviction que la véritable valeur du bouddhisme qu’il avait fondé en s’appuyant sur le Sûtra du Lotus serait reconnue non seulement au Japon mais dans le monde entier.

    Malgré les divers complots organisés par les moines d’autres sectes religieuses, Nichiren fut gracié par le gouvernement en février 1274 et revint à Kamakura. Il était devenu un personnage incontournable car les prévisions du « Traité pour la pacification du pays par l’établissement de la loi correcte » s’étaient toutes vérifiées. Rencontrant Hei No Saemon-no-jo, Nichiren adressa sa troisième remontrance au gouvernement shogunal, et prédit l’imminence inéluctable d’une attaque mongole dans l’année. Mais le gouvernement n’eut finalement pas la sagesse de tenir compte de ses avertissements. Le 12 mai 1274, de sa propre initiative, il se retira au mont Minobu et se consacra à établir les bases éternelles de la propagation de la Loi merveilleuse du Sûtra du Lotus.

    Comme l’avait prédit Nichiren, les Mongols lancèrent une attaque sur le Japon en octobre 1274, apportant ainsi une preuve irréfutable de la justesse de ses prédictions. Ceux qui le persécutaient commencèrent à se rendre compte que toutes les attaques contre Nichiren étaient vaines et ils n’osèrent plus s’attaquer ouvertement à lui. Ils tentèrent plutôt d’intriguer et de fomenter la discorde parmi ses disciples. En 1279, les persécutions portèrent sur les disciples dont le nombre croissait rapidement dans la province d’Atsuhara. En septembre de la même année, vingt paysans furent arrêtés (dont trois seront décapités plus tard). Voyant la croyance et le courage de ses disciples, inébranlables devant une oppression qui pouvait leur coûter la vie, Nichiren Daishonin inscrivit pour la postérité, le 12 octobre 1279, le Dai-Gohonzon, concrétisation de son grand vœu de faire connaître largement Nam Myoho Renge Kyo, « entité de vénération ». Nam Myoho Renge Kyo est une Loi pouvant faire apparaître l’état de bouddha dans la vie de chacun, si seulement l’on fait preuve d’une foi assez forte pour briser l’obscurité fondamentale. L’apparition de personnes ordinaires telles que les fidèles d’Atsuhara, manifestant une aussi forte croyance, prouvait qu’il était désormais possible de faire connaître largement Nam Myoho Renge Kyo – autrement dit, de permettre à chacun de réaliser son bonheur personnel grâce à Nam Myoho Renge Kyo, ainsi que de contribuer à la paix mondiale qui en résulte.

    Nichiren désigna son disciple Nikko comme l’héritier de sa doctrine bouddhique et son successeur dans la mission de réaliser kosen-rufu. Par kosen-rufu, on entend le fait de permettre à tous les êtres humains de faire rayonner leurs valeurs humaines grâce à la Loi merveilleuse bouddhique et de favoriser la paix dans le monde. Le 13 octobre, 1282, il s’éteignit à l’âge de 61 ans chez l’un de ses principaux disciples, Ikegami Munenaka. Jusqu’à son dernier souffle Nichiren agit pour le bonheur des personnes ordinaires et toute sa vie il aura combattu pour la réalisation d’une société où le peuple est souverain.

     

    Les héritiers du bouddhisme de Nichiren au Japon (XXe siècle)

    L’idéal du Sûtra du Lotus et de Nichiren Daishonin – que tous les êtres humains s’éveillent à leur état de bouddha – était d’une envergure qui dépassait de beaucoup les conceptions religieuses limitées de son époque. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il soit devenu la cible de nombreuses manifestations d’hostilité. Après la mort de Nichiren Daishonin, même parmi les disciples qui étaient censés suivre ses enseignements, profondes divergences apparurent et les disciples de Nichiren se séparèrent en plusieurs écoles. Au sein même de l’école qui avait reçu la transmission fidèle de ses enseignements par Nikko Shonin, successeur de Nichiren Daishonin, de très graves altérations se produisirent au fil des siècles. Il fallut l’apparition de quelques grands maîtres, comme Nichikan Shonin au XVIIIe siècle, pour rétablir l’orthodoxie des enseignements. Malgré cela, dans la première partie du XXe siècle, en raison du laisser-aller et de la négligence de plusieurs Grands Patriarches et de certains moines, la Loi bouddhique de Nichiren Daishonin fut bien près de disparaître.

    En 1928, Tsunesaburo Makiguchi, un éducateur japonais, se convertit au bouddhisme de Nichiren et fonda à Tokyo le 18 novembre 1930, avec son disciple Josei Toda, la Soka Kyoïku Gakkai (littéralement : Association pour une éducation créatrice de valeurs).

    Dans le contexte de l’entre-deux guerres mondiales, le Japon connaissait également la montée du militarisme, et accélérait sa préparation pour la guerre. Tsunesaburo Makiguchi s’éveilla progressivement à la véritable intention de Nichiren Daishonin : développer et faire s’épanouir la nature de bouddha qui réside de manière inhérente chez tous les êtres humains. Il finit par prendre la direction de la Soka Kyoiku Gakkai, mouvement religieux regroupant des croyants laïques, afin de concrétiser ce grand vœu de Nichiren. Il se dressa avec courage contre le bellicisme et l’impérialisme du gouvernement japonais, s’opposant même aux moines de l’école dite de « Nichiren », favorables à un compromis avec le pouvoir militariste en place. Makiguchi fut arrêté en 1943, emprisonné en compagnie d’une vingtaine de dirigeants de la Soka Kyoïku Gakkai. À l’exception de Makiguchi et Toda, les autres cadres du mouvement finirent par abandonner leur foi mais Makiguchi resta fidèle à ses convictions en dépit des conditions déplorables et des interrogatoires sévères qu’il subit. Il mourut en prison.

    Son disciple, Josei Toda, lui aussi emprisonné, se consacra dans sa cellule à l’étude du Sûtra du Lotus. Ses réflexions ainsi que sa pratique (la récitation assidue de daimoku) lui permirent de réaliser l’illumination. Il s’éveilla à la véritable essence du bouddhisme de Nichiren et prit conscience de sa mission pour kosen-rufu. De cette illumination naquit sa détermination de fonder la Soka Gakkai (Association pour la création de valeurs) moderne, fondée sur les principes du bouddhisme de Nichiren.

    Après la guerre, en 1951, Josei Toda prit la tête de la Soka Gakkai en qualité de deuxième président, et se mit à reconstruire l’organisation décimée par la guerre, établissant ainsi les bases pour kosen-rufu au Japon. Depuis que Daisaku Ikeda, disciple de Josei Toda, a assumé en 1960 la responsabilité de troisième président, kosen-rufu - véritable intention de Nichiren – s’est progressivement étendu au niveau mondial. En même temps, le bouddhisme s’est largement ouvert aux domaines de la culture, de la paix, et de l’éducation. Le bouddhisme de Nichiren est ainsi entré en contact avec d’autres cultures du monde, notamment la culture française. Le mouvement Soka s’est implanté en France en 1961, et depuis presque un demi siècle, le bouddhisme de Nichiren est pratiqué en France.

     

  5. LES PRATIQUANTS ET LES LIEUX DE CULTE EN FRANCE
  6. Présent en France depuis 1961, le mouvement Soka du bouddhisme de Nichiren s’est déployé sur tout le territoire national, en métropole et dans les DOM-TOM.
    Il regroupe actuellement quelques 16 750 pratiquants.

    Indépendamment des espaces privés consacrés à la pratique religieuse, aménagés au sein des domiciles des pratiquants, en France leurs principaux lieux publics de rencontres et d’étude sont les suivants :

    - un centre cultuel d’étude et de pratique du bouddhisme, à vocation européenne, situé à Trets, dans les Bouches du Rhône,
    - un centre situé à Chartrettes, en Seine-et-Marne,
    - un centre situé à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine,
    - un centre situé à Nantes, en Loire-Atlantique.

     

  7. L’ORGANISATION DU MOUVEMENT CULTUEL EN FRANCE
  8. Le mouvement Soka est présent dans plus de 190 pays et territoires. En France, l’organisation et le fonctionnement du culte du bouddhisme de Nichiren sont établis en conformité avec la « Constitution Soka pour le culte du bouddhisme de Nichiren » dont on trouvera le texte en annexe.
    Ce texte de nature ecclésiologique au sens du droit des cultes en France – véritable charte interne d’organisation et de fonctionnement du culte – précise notamment que :

    « Article 20 : Au niveau mondial, l’unité de la croyance est assurée par une autorité centrale qui, dans le respect de la collégialité et des particularités nationales, veille sur les intérêts spirituels des croyants. Cette autorité centrale est formée par le Consistoire mondial Soka du bouddhisme de Nichiren.
    Le Consistoire mondial Soka du bouddhisme de Nichiren, dont les activités sont centralisées à Tokyo au Japon, procède notamment à la désignation des ministres du culte.

    Article 21 : En France, l’unité du culte et le respect de la croyance ainsi que la pratique bouddhique du culte du bouddhisme de Nichiren sont assurés sous la direction et la responsabilité du Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren, en communion avec le Consistoire mondial.
    Le Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren est le garant des intérêts supérieurs du culte dans le pays.
    Les membres du Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren sont choisis et désignés, en raison de leurs qualités spirituelles et de leur expérience bouddhique, par le Consistoire mondial.

    Article 22 : Dans chaque localité où existe une communauté de pratiquants et de sympathisants, les ministres du culte veillent à l’harmonie du culte dans toutes ses manifestations extérieures.

    Ils président et célèbrent des offices, des cérémonies.

    Les ministres du culte sont choisis et désignés, en raison de leurs qualités spirituelles et de leur expérience bouddhique, par le Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren, après approbation préalable du Consistoire mondial.

    Article 23 : Le Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren peut, s’il le juge utile, constituer une ou plusieurs associations légales ayant capacité juridique, dans le but de faciliter l’exercice légal du culte.

    Ces associations, soumises au respect des préceptes et à la direction spirituelle du Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren, lui servent d’instruments administratifs du séculier dans le respect du principe de l’adaptation des préceptes aux usages locaux (Zuiho bini).

    En France, le Consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren et les associations constituées pour le culte se conforment au régime légal des cultes dans le cadre de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, et des lois subséquentes. »

    Conformément au régime légal des cultes fondé sur la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l’État, les activités cultuelles du mouvement Soka sont exercées, d’un point de vue matériel, par une structure associative à caractère national, à savoir l’« Association Cultuelle Soka du Bouddhisme de Nichiren » dite A.C.S.B.N. (voir la brochure « Le droit du culte du bouddhisme de Nichiren », 2007, 90 pages, http://www.consistoire-soka.fr ). Cette association cultuelle nationale dont le siège social est fixé 4, rue Raymond Gachelin, à Sceaux (Hauts-de-Seine) a adopté pour objet statutaire le texte ci-joint, tel que déclaré aux services préfectoraux :

    « Conformément à l’article 20 de la loi du 9 décembre 1905, l’association a pour objet exclusif de pourvoir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public du culte bouddhique basé sur l’enseignement révélé par le Bouddha Nichiren Daishonin, moine du XIIIe siècle (1222-1282) et en conformité avec la Constitution Soka pour le culte du bouddhisme de Nichiren. Dans ce cadre, elle assure l’exercice public du culte de ses membres et des pratiquants et sympathisants. Elle subvient aux frais et à l’entretien du culte, en particulier des temples et lieux de pratique cultuelle Soka du bouddhisme de Nichiren, du logement et la prise en charge, le cas échéant, des ministres du culte ainsi que des cérémonies liées à l’exercice du culte. »

    Par ailleurs, les activités non exclusivement cultuelles du mouvement Soka du bouddhisme de Nichiren, à l’instar d’autres groupements religieux en France et dans le monde, sont organisées par des structures associatives indépendantes les unes des autres : l’Association Culturelle de France (ACSF) et l’Association pour le Commerce, l’Edition et les Prestations de service (ACEP), (voir ici la brochure précitée Le droit du culte du bouddhisme de Nichiren, 2007, 90 pages, http://www.consistoire-soka.fr ).

     

  9. QUESTIONS QUE POSENT SOUVENT CEUX QUI S’INTERESSENT AU CULTE DU BOUDDHISME DE NICHIREN
  10. Comment définir le bouddhisme de Nichiren en France ?

    Le culte du bouddhisme de Nichiren, pratiqué dans le monde et en France par le mouvement Soka, a donné naissance à une société religieuse à visage humain qui respecte le cadre civil et politique des Nations et des Etats. Les pratiquants de ce culte forment de la sorte une communauté unie par des liens de croyance religieuse et des valeurs universelles qui puise sa force dans les enseignements du bouddhisme de Nichiren.

    Cette communauté est profondément attachée au bien commun et à l’humanisme universel, mais aussi à la paix des nations et des peuples. De plus, selon la Constitution Soka du culte du Bouddhisme de Nichiren (voir le texte intégral en annexe) : « Conformément aux enseignements du bouddhisme de Nichiren, les pratiquants reconnaissent le droit des gouvernements à promulguer des lois pour réglementer les mœurs, protéger les biens et les libertés des citoyens » (article 14). Ainsi, dans la vie quotidienne, ce bouddhisme se traduit par un comportement tolérant, paisible et humaniste. Actes et paroles sont donc déterminants non seulement sur le plan individuel, mais aussi pour ceux qui les observent.

    Dans ce sens, la vie du fondateur de notre école, Nichiren Daishonin, est un modèle de comportement pour nous, et cela sur plusieurs points. Tout au long de sa vie, Nichiren chercha à faire reconnaître la vérité et la justice. Pour ce faire, il utilisa les médias de son époque, c’est-à-dire les écrits, le dialogue et les débats religieux. Érudit, il fut un homme vivant en accord avec les enseignements bouddhiques fondamentaux. Il agissait sur la base de l’étude, des enseignements, de la pratique et, comme ses écrits le montrent, en s’appuyant sur la raison et sur la logique de la vie quotidienne. Le seul débat religieux qu’on lui accorda fut celui qui se tint sur l’île de Sado, où des centaines de moines du Nembutsu et d’autres écoles se rassemblèrent afin d’invalider sa doctrine. Nichiren Daishonin remporta avec aisance cette controverse, mais il ne put jamais avoir de débat avec Ryôkan, qui était considéré comme le sage de l’époque. Nichiren Daishonin fut également un modèle de combattant pour les droits des êtres humains face à l’oppression. Son courage force l’admiration. Il croyait fermement à la force des idées et de la sincérité, face à la force brutale du pouvoir et aux manœuvres visant à le calomnier et à le faire condamner. Jusqu’à la fin de sa vie, il poursuivit son œuvre, surmontant les persécutions physiques, morales, les exils et la précarité de l’existence à laquelle il avait été condamné. Il vécut dans le peuple et pour le bonheur du peuple. Sa vie n’a rien de commun avec celles des patriarches qui vivent dans le luxe. La longue suite de ses lettres et de ses écrits montre son souci permanent de sauver ceux qui souffrent. Il leur explique la Loi bouddhique, en quoi elle peut les aider à résoudre leurs problèmes. Sa bienveillance est manifeste. Il fait sienne la souffrance des personnes qui lui écrivent.

    Nichiren Daishonin exhorta aussi bien les moines que les croyants laïques à se forger une foi solide, capable de résister aux persécutions et de surmonter les difficultés de la vie. Mais tout particulièrement à ses disciples laïques, il enseigna que cette foi forte devait servir à créer de bonnes relations avec autrui, respectant leur travail et soulignant ainsi l’importance d’actions riches d’humanisme et de sagesse. C’est ici même que se trouve le véritable propos de Nichiren Daishonin, et, c’est la raison pour laquelle nous appelons le bouddhisme qu’il a enseigné « une religion humaniste ».

    Les actions persévérantes de Nichiren tout au long de sa vie ne furent rien d’autre qu’une série de combats pour établir en ce monde, dominé par les conflits et l’avidité, une religion humaniste en accord avec les principes enseignés dans le Sûtra du Lotus. Il révéla clairement le moyen fondamental permettant aux gens d’opérer une « Révolution humaine », de surmonter les aspects négatifs de leur destin et de placer leur vie sur l’orbite du bonheur. Mais, dans un pays comme le Japon au XIIIe siècle, et dans le contexte social d’une époque incapable d’accepter de telles positions philosophiques, le dynamisme créé par son combat finit par s’épuiser. Voilà pourquoi, de son temps comme au cours des sept siècles qui suivirent, le véritable dessein de Nichiren Daishonin ne fut pas correctement compris. Dans le monde religieux japonais, il régressa pour se plier à des formes préexistantes de bouddhisme asiatique, centrées autour des temples et des ordres monastiques.
    On pourrait dire que l’apparition et le rayonnement du culte Soka ont permis la purification de la quintessence du bouddhisme de Nichiren en tant que « religion humaniste ». L’action du mouvement Soka l’a fait revivre au présent et l’a rendu universel, au-delà des différences d’origine ethnique, de culture, ou de civilisation. Les pratiquants croient dans les enseignements de Nichiren, et, quelles que soient les différences de sexe, de religion, ou de nationalité, prient pour leur propre bonheur et pour celui des autres, souhaitent la paix, agissent pour créer des valeurs dans tous les domaines de la vie, et déploient leurs activités partout dans le monde.

     

    En quoi consiste la pratique du culte dans le bouddhisme de Nichiren ? 

    La pratique du bouddhisme dans la vie quotidienne comporte trois aspects : la foi, la pratique et l’étude.

     

    La foi

    En bouddhisme, la foi est la clé pour accéder à la sagesse du Bouddha, et n’a rien d’une foi aveugle. Avoir la foi, c’est transformer l’illusion (l’obscurité fondamentale), se libérer du doute, ne plus douter que l’état de bouddha est inhérent à notre propre vie. Le fait de réciter Nam Myoho Renge Kyo devant le Gohonzon – représentation écrite de l’état de bouddha que Nichiren a fait surgir dans sa vie d’être humain – est déjà en soi la preuve de cette victoire sur l’illusion. La foi rythme et transforme le quotidien. Elle sert à faire jaillir l’état de bouddha et nous donne la force de surmonter les difficultés. Les résultats dont nous avons fait l’expérience renforcent alors notre foi. La foi en Nam Myoho Renge Kyo, que nous récitons devant le Gohonzon, est la source qui nous permet de mettre en contact notre propre vie avec la Loi merveilleuse, et d’aller puiser en elle sa force infinie afin de la manifester dans la vie quotidienne.

    En ce sens, d’un point de vue bouddhique, la vie quotidienne est le reflet même de notre foi. La foi est l’outil de base permettant une réalisation à long terme. Par ailleurs, il est possible d’expérimenter la pratique bouddhique même sans avoir une foi établie.

    La pratique cultuelle

    La « pratique » du culte dans notre école, c’est avant tout la prière effectuée devant le Gohonzon, cérémonie religieuse appelée en japonais « Gongyo  ». Cela consiste en la lecture de deux extraits du Sûtra du Lotus (deuxième et seizième chapitres), suivie de la récitation du daimoku (Nam Myoho Renge Kyo). Rien ne dicte la durée de cette récitation – autrement dit, la durée du Gongyo (cérémonie de prière) est laissée à l’appréciation de chacun.

    Les caractères chinois composant le terme de Gongyo impliquent les notions de travail et d’effort. Mettre le bouddhisme en pratique, c’est donc d’abord faire l’effort d’effectuer sa cérémonie de prière quotidienne. Nous lisons les extraits du Sûtra et récitons Nam Myoho Renge Kyo devant le Gohonzon afin de réaliser l’unité de la personne et de la Loi de l’univers. Cette prière se fait deux fois par jour : le matin et le soir. Grâce à la cérémonie de prière du matin, nous démarrons notre journée en faisant jaillir force vitale et sagesse. Le soir, nous faisons le bilan de la journée et accumulons des forces en préparation pour le lendemain. Mais ce n’est qu’une orientation générale, les croyants pouvant pratiquer librement quand ils le veulent et surtout pour ce qu’ils désirent.

    En bouddhisme, on ne prie pas seulement pour soi-même ; l’autre versant du rituel est la pratique pour les autres, marque de la bienveillance, un acte qui devient naturel. Il s’agit de la pratique altruiste du bodhisattva pour sauver ceux qui souffrent. En nous préoccupant de transmettre la Loi bouddhique aux autres, en agissant pour leur bien-être, nous éveillons davantage la nature de bouddha qui réside en nous. Que la personne à qui nous transmettons le bouddhisme décide de le pratiquer ou non n’est pas le plus important, cela relève de sa liberté individuelle absolue. L’important est le cœur altruiste qui nous anime, celui de lui donner la possibilité de goûter aux bienfaits de l’apparition de l’état de bouddha dans sa vie.

    Nichiren Daishonin écrit : « La souffrance de l’humanité entière est la souffrance de Nichiren ». Aussi, la pratique fondamentale du bouddhisme consiste à nous ouvrir à notre environnement ainsi qu’à ceux qui nous entourent, en incluant les autres dans notre prière.

     

    L’étude religieuse

    Troisième et dernier aspect de la pratique bouddhique, l’étude. Il s’agit d’apprendre les principes théoriques du bouddhisme au sein même de l’action, et de les graver dans son cœur, en se basant sur les documents épistolaires et traités laissés par Nichiren Daishonin, les « Écrits de Nichiren Daishonin ». Cela constitue un entraînement qui permet non seulement de mieux saisir « la Loi » dans son ensemble, mais aussi de comprendre ce qu’il advient dans notre propre vie. Ainsi nous pouvons surmonter les difficultés et les souffrances qui se présentent. Par l’approfondissement de « l’étude », il est possible d’établir « une foi » encore plus profonde, nous permettant ainsi d’améliorer « la pratique ». L’étude du bouddhisme dans notre école Soka se fonde toujours sur les Écritures, les enseignements de Nichiren.

    Nichiren rédigea plusieurs lettres et traités à l’attention de ses nombreux disciples, dont le contenu varié comprend aussi bien des encouragements dans la foi, des commentaires de doctrine bouddhique, des remerciements pour des dons reçus, ou encore des conseils pour la vie quotidienne. En étudiant ces écrits, il nous est possible d’approfondir notre compréhension de la Loi, et de découvrir à la fois la manière de progresser dans notre vie religieuse, et de promouvoir nos activités cultuelles. C’est ainsi que se modifie peu à peu notre vision des choses et que nous apprenons à les percevoir à la lumière de la philosophie humaniste du bouddhisme.

     

    Quelle incidence la pratique du bouddhisme de Nichiren a-t-elle sur la vie quotidienne ?

    Il faut balayer les idées reçues sur un bouddhisme qui, se consacrant à la renonciation aux désirs, se détournerait de la vie quotidienne et se pratiquerait dans un lieu calme et isolé, loin des réalités du monde en quête du nirvana (éveil et libération). Ce serait là se réfugier dans une recherche illusoire, et s’éloigner des objectifs premiers du bouddhisme. Comme nous l’avons vu plus haut, le bouddhisme de Nichiren est un enseignement qui vise à transformer le malheur en bonheur, là où nous sommes. Il ne cherche pas à étouffer les désirs ou à faire taire les souffrances. Il les utilise comme des bûches pour alimenter le feu de la boddhéité qui est dans le cœur de chaque personne.

    La récitation de Nam Myoho Renge Kyo devant le Gohonzon permet la transformation des souffrances en une vaste énergie qui jaillit naturellement du fond même de notre existence. Cette énergie n’a rien de magique. Le sentiment de plénitude que nous ressentons et le jaillissement de la force vitale éprouvée dans notre vie quotidienne témoignent simplement de la puissance infinie de l’univers qui est en chacun de nous. C’est la manifestation de cette force vitale et de cette grande sagesse qui permettent à chacun d’affronter, afin de les transformer, les aspects les plus difficiles de son existence. C’est la même force vitale qui est apparue dans la vie de millions de personnes qui ont pratiqué le bouddhisme depuis 2 500 ans.

    Le bouddhisme ne cherche pas à supprimer les problèmes. Il n’est pas non plus une simple consolation, ou un refuge permettant de les éviter. Il nous permet de renforcer notre propre vie, de nous éveiller à notre potentiel et, ce faisant, de mieux résoudre les obstacles qui l’entravent. On pourrait donc dire qu’il est une philosophie pratique, une façon empirique extraordinaire de surmonter les difficultés et de mieux vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres.

    De nos jours, quels rapports entretient le bouddhisme de Nichiren avec la société ?

    Le bouddhisme est un enseignement permettant aux individus de résoudre les problèmes qui les font souffrir. Dès lors, partout où se trouvent des êtres humains, l’enseignement bouddhique a été partagé et s’est répandu. Il n’y pas de place pour une pratique religieuse égoïste, visant uniquement son seul bonheur individuel. C’est en ce sens que de tous temps, la pratique du bouddhisme s’est accomplie au sein de la société. Selon l’époque, on a certes parfois mis l’accent sur une pratique individuelle des austérités, oubliant l’altruisme et tombant ainsi dans une pratique uniquement centrée sur soi-même qui a toujours été réprouvée. Celui qui incarna cet esprit du bouddhisme fut le roi Ashoka en Inde. S’éveillant à l’esprit bouddhique de bienveillance, il s’attacha à faire de son royaume un pays de paix et de prospérité où l’on prônait l’altruisme bouddhique et le soutien concret des plus démunis. De même, au cours de l’âge d’or du bouddhisme chinois, sous la dynastie des Tang, et en cette période de paix de près de 300 ans que fut l’ère Heian au Japon, il y eut des époques où la philosophie bouddhique contribua à la prospérité sociale. Sous l’ère Heian, par exemple, la peine de mort fut abolie (et cela dès le IXe siècle !).

    Le bouddhisme a toujours été concerné par l’ensemble de la société et par son devenir. Nichiren Daishonin lui-même ne fut animé que du désir d’établir une religion humaniste afin de sauver les êtres humains et leur permettre de réaliser leur propre bonheur. Il n’est donc pas juste de penser que le bouddhisme est une philosophie destinée aux seuls intellectuels ou originaux. Il est universel et concerne chacun, sans différence d’âge, d’origine ethnique, de sexe, de culture, ou de niveau social.

    Le bouddhisme, c’est avant tout l’altruisme de la pratique des bodhisattvas. Animés par le désir sincère de parvenir au bonheur pour nous-mêmes et pour les autres, ainsi qu’à la paix sociale, nous avons engagé le dialogue avec les autres courants religieux et philosophiques dans un esprit de la tolérance et de respect.



 
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